La méthode DORI
En sécurité, on installe des caméras en espérant qu'elles "fassent le travail", mais on oublie souvent de définir précisément quel est ce travail. Le résultat ? Des systèmes coûteux qui, au moment critique, ne fournissent aucune image exploitable. On se retrouve avec des enregistrements flous qui ne permettent ni de comprendre une situation, ni d’identifier un suspect.
La solution ne réside pas dans l'achat de caméras plus chères, mais dans une conception intelligente guidée par un objectif clair. C'est ici qu'intervient le standardDORI (Détection, Observation, Reconnaissance, Identification). Ce cadre est un outil de planification puissant qui transforme vos investissements en vidéosurveillance en véritables leviers de performance.
DORI : Définir la mission avant de choisir l'outil

Avant même de parler de technologie, une question fondamentale doit être posée pour chaque caméra : à quoi sert-elle ?Le standard DORI structure cette question en quatre niveaux de mission clairs et hiérarchisés.
- Détection : L'objectif est de simplement confirmer la présence d'une personne ou d'un véhicule dans le champ de vision. C'est le niveau de base, idéal pour surveiller un périmètre ou un grand stationnement. L'opérateur sait qu'il se passe quelque chose, mais sans plus de détails.
- Observation : Ici, on cherche à obtenir un contexte. Ce niveau est parfait pour superviser une zone de travail, un hall d'entrée ou une file d'attente, permettant de comprendre le déroulement général d'une activité. On peut distinguer des détails comme la couleur des vêtements ou la direction du mouvement.
- Reconnaissance : Le but est de pouvoir reconnaître une personne déjà connue de l'opérateur. C'est un niveau essentiel pour le contrôle des points d'accès. Le système doit fournir assez de détails pour qu'un agent de sécurité puisse affirmer avec un haut degré de certitude : "Oui, c'est bien M. Tremblay du troisième étage."
- Identification : C'est le niveau le plus exigeant et celui qui a le plus de valeur sur le plan légal. L'objectif est de capturer une image d'une qualité telle qu'elle permette d'identifier formellement un individu inconnu, au-delà de tout doute raisonnable. Ces images sont celles qui serviront de preuve irréfutable lors d'une enquête.
Ne pas définir cet objectif en amont, c'est naviguer sans cap. Vous investissez à l'aveugle, avec le risque de découvrir, après un incident, que votre système est inutile.
Comment traduire DORI en spécifications techniques ?
Une fois la mission de la caméra définie, le cadre DORI fournit des métriques concrètes pour s'assurer que la technologie choisie pourra la remplir. Deux indicateurs sont particulièrement utiles.
1. Le pourcentage de la hauteur de l'écran
Un guide classique, issu de travaux comme ceux du HOSDB (Home Office Scientific Development Branch) au Royaume-Uni, utilise la taille d'une personne par rapport à la hauteur totale de l'écran pour qualifier l'image.
- Détection :La personne doit occuper au moins10 %de la hauteur de l'écran.
- Observation :Visez entre25 % et 30 %.
- Reconnaissance :La cible doit occuper50 %de l'écran.
- Identification :La personne doit couvrir100 %de la hauteur de l'écran.
Ces chiffres sont un excellent point de départ pour la conception. Bien que les caméras mégapixels modernes permettent d'atteindre l'identification avec un pourcentage plus faible grâce au zoom numérique, ce principe de base reste un guide fiable pour le positionnement des caméras.
2. Les pixels par mètre (PPM)
Avec les systèmes numériques, une mesure plus précise est devenue la norme : le nombre de pixels qui couvrent chaque mètre du champ de vision. Plus ce nombre est élevé, plus l'image est riche en détails.
- Détection (~35 PPM) :Suffisant pour détecter une présence, sans plus.
- Observation (~58 PPM) :Les couleurs et les vêtements deviennent distincts.
- Reconnaissance (~118 PPM) :Permet une identification fiable des personnes connues.
- Identification (~150 PPM) :Fournit des images d'une clarté exploitable pour identifier un inconnu.
- Lecture de plaques (~231 PPM) :Indispensable pour capturer avec précision les plaques d'immatriculation.
- Reconnaissance faciale (~289 PPM) :Permet la reconnaissance faciale pour des systèmes plus avancés.
L'utilisation des PPM transforme la conception d'un art en une science. Elle vous permet de choisir la bonne résolution de caméra et le bon objectif en fonction de la distance et de la largeur de la scène à couvrir, garantissant ainsi que le résultat final correspondra à la mission fixée.
Le piège à éviter : ce que vous voyez n'est pas toujours ce que vous enregistrez
Vous pouvez concevoir le système parfait sur papier, mais un dernier facteur peut anéantir tous vos efforts : la compression vidéo. Pour économiser de l'espace de stockage, la plupart des systèmes compressent les flux. Ce processus peut supprimer des détails critiques de l'image.
Le flux que vous regardez en direct sur un moniteur de sécurité peut sembler parfaitement clair, mais l'enregistrement, lui, pourrait être trop dégradé pour être exploitable.
Action concrète :Lors de l'installation ou de l'audit de votre système CCTV, inspectez toujours la qualité de l'imageenregistrée, pas seulement celle en direct. C'est l'enregistrement qui servira de preuve, pas le flux en temps réel.
Conseil pratique : Cartographiez vos besoins pour des décisions éclairées
Pour maximiser la valeur de votre système, réalisez un document de référence pour votre site ou bâtiment :
- Cartographiez chaque zoneen identifiant sa fonction (accueil, stationnement, accès sensibles, périmètre, etc.)
- Associez à chacune le niveau DORIréellement requis : détection, observation, reconnaissance ou identification.
- Ajoutez-y vos besoins en résolutionen ajoutant les PPM minimaux ainsi que les données autres de résolution que votre logiciel de vidéosurveillance permet de configurer.
Ajustements
À partir de cette cartographie, ajustez la résolution et le positionnement de vos caméras existantes pour qu’elles correspondent exactement au besoin de chaque zone.
Devis technique
Ce même document servira de base à vos futurs projets : il deviendra un standard technique dans vos devis, garantissant la cohérence et la pertinence de vos investissements lors de chaque nouvel achat ou remplacement de caméra.
Conclusion : Passez d'une dépense à un investissement stratégique
Un système de vidéosurveillance ne devrait pas être un centre de coût, mais un investissement stratégique dans la réduction des risques, la conformité et la performance opérationnelle. Pour qu'il soit rentable, il doit être conçu avec une intention claire.
En appliquant le cadre DORI, vous cessez d'installer des "caméras" pour commencer à déployer des "solutions d'identification", des "systèmes d'observation" ou des "points de détection". Cette nuance transforme votre approche et garantit que le jour où vous en aurez besoin, votre système vous fournira la clarté nécessaire pour agir.
Posez-vous la question : vos caméras sont-elles de simples observateurs passifs ou des outils de performance conçus pour une mission précise ?

